Calculer son temps de marche en randonnée
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Calculer son temps de marche en randonnée
On commence presque tous de la même façon : on regarde la distance. Vingt kilomètres, ça impressionne ; huit, ça rassure. C’est normal, c’est le chiffre qui saute aux yeux sur la fiche. Le souci, c’est qu’il ne dit presque rien de la fatigue qui vous attend. Ce qui va vraiment décider de votre journée, c’est ce que vous allez monter.
Réfléchissez-y une seconde. Sur le plat, vous avancez. En montée, vous vous soulevez. À chaque pas, vous hissez votre corps et votre sac de quelques centimètres vers le haut, et vous répétez ce geste des milliers de fois dans la journée. C’est un travail bien plus coûteux que d’avaler des kilomètres à l’horizontale. Voilà pourquoi six kilomètres qui grimpent vous lessivent plus que dix kilomètres de plaine, et pourquoi toute estimation un peu sérieuse part du dénivelé, pas du compteur.
La méthode tient en deux gestes
Elle nous vient d’un alpiniste écossais de la fin du XIXe siècle, Naismith, et les randonneurs la réinventent depuis sous mille formes parce qu’elle marche. Premier geste, le plat : comptez du 4 à 5 km/h, l’allure d’une marche tranquille mais régulière, sans traîner. Deuxième geste, la montée : ajoutez environ une heure pour chaque 300 mètres de dénivelé. Vous additionnez les deux, et vous obtenez un temps de base.
Le mot important, c’est «base». Parce que ce chiffre-là suppose un marcheur déjà entraîné, sac léger, qui enchaîne sans s’arrêter. Autant dire personne, un dimanche, en famille ou entre copains. Si vous le prenez pour argent comptant, vous vous ferez avoir, comme à peu près tout le monde au début.
Dans la vraie vie, il faut donc rajouter. Quand on débute, quand le sac est lourd, quand on marche à plusieurs, comptez un quart de temps en plus, parfois un tiers. Le groupe surtout : on avance au rythme du plus lent, on s’attend en haut des côtes, on discute, on s’arrête pour la photo. Ajoutez encore les vraies pauses, le déjeuner, une météo qui ralentit. Rien de tout cela n’est du temps perdu. C’est le temps réel, celui que la formule théorique passe sous silence.
Le piège de la descente
Un mot sur la descente, qu’on oublie systématiquement. La règle de Naismith fait comme si descendre ne prenait pas de temps du tout, ce qui est évidemment faux. Une longue descente ménage le souffle, d’accord, mais elle malmène les genoux, et sur un terrain raide ou caillouteux elle peut être aussi lente que la montée. Ne pariez jamais sur un retour express sous prétexte que «ça redescend». Beaucoup de sorties qui dérapent le font sur la fin, dans une descente sous-estimée, à la fatigue.
Un exemple concret
Prenons une boucle ordinaire : douze kilomètres, 800 mètres de dénivelé. Le plat vous prend autour de deux heures et demie. La montée, à peu près autant. On est déjà à un peu plus de cinq heures de marche pure. Ajoutez les pauses, le repas et le rythme du groupe, et vous tournez autour de sept heures porte à porte. Ce sont ces sept heures-là, pas les cinq théoriques, qui doivent décider de votre heure de réveil. La nuance paraît minime sur le papier ; sur le terrain, c’est la différence entre profiter du sommet et redescendre dans le noir.
Et avec l’expérience
Honnêtement, au bout d’un moment, vous ne calculerez même plus. Vous regarderez un profil, la forme de la courbe, et vous sentirez la journée d’avance. Aucune formule ne remplace ce ressenti, qui se construit sortie après sortie et qui reste personnel.
En attendant qu’il s’installe, la méthode ci-dessus vous évite surtout de vous faire surprendre. Surprendre, c’est le mot juste, parce que la nuit n’a rien d’une catastrophe en soi. Ce qu’on veut éviter quand on débute, c’est de la subir : presser le pas dans la pénombre, un peu stressé, parce qu’on a mal jugé son horaire. Choisir de finir à la frontale, c’est une tout autre histoire. Rester là-haut jusqu’au coucher du soleil et redescendre au calme dans le noir, ça se décide, et franchement ça se vit.
Le truc du terrain. La première frontale choisie plutôt que subie change votre rapport à la nuit : le silence, les yeux qui s’habituent, les bruits qui montent du versant. On se la garde pour le jour où l’horaire et le terrain sont déjà bien en main, pas pour sa deuxième sortie.
Deux questions qui reviennent
À quelle vitesse marche-t-on, vraiment ? Autour de 4 à 5 km/h sur le plat, et beaucoup moins en montée. C’est pour ça qu’une moyenne globale « en km/h » ne veut presque rien dire en terrain accidenté.
Combien de temps pour 1000 mètres de dénivelé ? Comptez à peu près trois heures de montée, à ajouter au temps à plat et à votre marge. Trois heures rien que pour grimper : ça remet la distance à sa place.
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